Entretien avec LE MANQUE

Bonjour Le Manque.

Bonjour Le Manque? Etrange phrase.
Comme si l’on voyait des petits trous entre les tresses.
Alors que le désir ne manque de rien… pourquoi des chansons en temps de détresse?

C.E. : Ah non, les temps de détresse sont loin. Oui le monde existe encore, mais dans l’acte d’écrire ou sur un lieu de tournage, le monde et son hostilité, sa laideur disparaissent.

L.F. : Les chansons sont un moyen comme un autre de se réapproprier un langage confisqué.

Confisqué par qui par quoi, le langage, mais surtout,… comment?

L.F. :Le langage est confisqué par ceux à qui on le confie stupidement, à qui on donne notre voix. Il y a dans le langage un aspect mécanique et un aspect poétique. Ils ne se tournent pas le dos, d’ailleurs. Ceux qui confisquent le langage travaillent à sa mécanique et en excluent la poésie. Le simple fait de dire cela va dans le sens de cette mécanisation. A part faire des chansons, je ne vois pas comment en sortir.

Et puis qui écrit vos textes, vous avez un nègre?

C.E. : Écrire, c’est traduire les textes des auteurs essentiels que j’ai lus.
L.F. : Je réécris ce que Christophe a réécrit.

La division du travail au sein de votre équipe est-elle réglo?

C.E. : Oui, si on considère qu’en trouvant le titre d’une chanson, je fais les ¾ du boulot. Sinon, il faut bien le constater : Lionel fait tout le travail (+ les gens que l’on exploite à loisir).

L.F. : Pas de règles dans le Manque. Lundi, clip de 18 minutes inspiré par Pascal Bouaziz et Bruit Noir. Mardi matin, « Nichon Chaton », 48 secondes de déconnade. Mardi soir, concert annuel devant 15 personnes. Mercredi, écriture à quatre mains via messagerie électronique. Jeudi, Christophe envoie ses 40 lettres hebdomadaires à son amoureuse. Vendredi, sieste. Samedi, mise en ligne du clip « Dieu lave ses slips lui-même », réalisé par Franz Griers. Dimanche, Christophe m’envoie un texte sur un couple de flics névrosés, une septuagénaire cocaïnomane ou un trader catholique, et j’enregistre la chanson en 10 minutes.

Où sont les femmes?

C.E. : Elles arrivent ! Va y avoir des boxeuses dans un prochain clip et il y a quelques jours, on a mis en ligne « Presque », qu’Aurélia Bécuwe a réalisé pour nous.

L.F. : Je ne ferai pas le faux cul comme Christophe. Elles commencent à exister après une longue période fantasmatique.

Le Manque manque-t-il de quelque chose, en ces temps de plénitude?

C.E. : De belles personnes curieuses comme toi qui prennent le temps d’écouter / regarder nos propositions sonores et artistiques et qui les font connaître à 15 personnes.

L.F. : Il nous manque la prochaine chanson en cours d’écriture, le prochain film en cours de montage…

Comment expliquez-vous la sublime qualité esthétique de vos vidéo-clips?

C.E. : Franz Griers et Brice Vincent sont des réalisateurs de génie. Pour les images que nous avons filmées nous-mêmes on en dira pas autant. Sur plusieurs clips en préparation c’est Aurélia Bécuwe qui assure le cadrage, et comme elle est photographe, c’est juste mille fois meilleur que ce que j’ai pu filmer moi-même (fini le mal de mer…). Les tournages avec Franz nous apprennent beaucoup, on joue des rôles, mais au passage on lui pique autant que possible son talent. On veut bien aussi que Bruno Dumont et Béla Tarr s’emparent d’une de nos chansons…

L.F. : L’esthétisme n’est qu’une manière parmi d’autres de faire des images. Depuis l’enfance, je suis bouleversé par la maladresse des photos, des films de famille, qui révèlent beaucoup sur l’inconscient d’une personne et de son époque. Je ne suis pas d’accord avec Christophe. Certains des clips que nous avons tournés nous-mêmes ne sont pas si mauvais. Maladroits peut-être, naïfs, mais peu sont vraiment mauvais.

Jouez-vous souvent sur scène? Le Manque-sur-scène, cela doit être rigolo.

C.E. : Tu veux devenir notre tourneur ?

L.F. : C’est parfois rigolo, parfois aussi triste que les personnages de nos chansons.

Dieu et ses sous-vêtements, on dirait que vous les avez rencontrés?

C.E. : On espère avoir a rendu Dieu plus accessible, en le révélant fatigué du monde, terriblement seul, mais sympa avec cette bonne parole qu’il nous dicte (et qu’il faut propager) : ALORS AUTANT S’AMUSER ! !

L.F. : Ecoute bien le refrain : Dieu est seul, certes, mais surtout, il n’est pas doué pour laver ses slips. Quand un gars ne sait pas faire ça, il n’y a pas grand-chose à espérer pour le reste.

Question subsidiaire en forme de révérence… « Il me reste à vous souhaiter une bonne rentrée des casses ? des classes ? » Alors, c’est qui les casseurs ?

L.F. : On se casse tous à un moment ou à un autre.

C.E : Lionel ne sera pas d’accord, mais après observations, je ne connais qu’une réponse valable aux pédagogues et au système éducatif : le lance-flamme.

L.F. : Je vois que tu es un adepte de l’orthographe rectifiée par l’Académie française en 1990. Pour moi, « lance-flammes » s’écrira toujours avec un S. C’est plus dangereux.

Glose crasse: que pensez-vous de cet énoncé, en tant que professionnel? « La question révolutionnaire est désormais une question musicale ».

L.F. : Nous aussi sommes très sensibles à ces moments où le langage est tellement malaxé, tellement déconstruit et reconstruit qu’on ne sait plus s’il est vide ou plein, noir ou blanc, poésie ou mode d’emploi.

C.E. : Mon ami Philippe Jaffeux (poète) me dit que la musique est le plus grand des arts. Mais j’ai bien peur qu’elle participe à l’acceptation de cette dystopie ambiante. Sans la musique (et les arts), peut-être saurions-nous trouver une autre forme de riposte que l’écriture de chansons.

le-manque


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